7_ ELECTIONS EN FRANCAFRIQUE : l’hymne à l’hypocrisie


Il est évident que la situation que nous vivons maintenant à Madagascar n'est qu'un leurre, machiaveliquement préparé par le gouvernement Francais et des traîtes à la Nation Malagasy

Il a patiemment aidé et soutenu Andry TGV. La situation actuelle fait parti d'un plan bien précis, ainsi que les gesticulations de Andry TGV

Objectif : mettre en place des élections que demandent d'ailleurs très ardemment le Président RAVALOMANANA....

Ce qu'on ne sait pas, c'est que le résultat est connu d'avance de Sarkozy et consorts....

Andry TGV ? Certainement pas... Celui là a été "concu et formaté" pour semer la pagaille, et en tous les cas n'est pas "politiquement correct"  : un 3ème homme sortira de là, l'ultime marionnette de l'Etat francais qui lui permettra d'orchestrer définitivement sa mission coloniale...


Un Pierrot RAJAONARIVELO  -qui ne pipe mot ces temps ci- ou encore un Jacques SYLLA peut etre... Arretons de parier et reveillons nous Ry Malagasy Tia Tanindrazanan a !

L'article ci dessous est long mais vaut la peine d'etre lu en intégralité pour confirmer ces dires : la Francafrique veut qu'on aille vers des elections, qu'elle TRUQUERA. Ne me demandez pas comment, lisez...



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« Nous demandons au Président Blaise Compaoré, à la France en général et à ce M. Foquart [sic] […Qui vous aurait assuré d'une victoire par tous les moyens…] en particulier, d'arrêter toute ingérence dans les affaires intérieures de notre pays et toute incitation à la révolte pouvant déboucher sur un conflit entre les Nigériens et leur Armée. »

2

Sous-Officiers et Hommes de rang des FAN (Forces armées nigériennes) : Lettre ouverte au Général Ibrahim Maïnassara Baré et au Peuple nigérien. 21 mai 1996.

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« Tant pis pour les principes, quand entre en jeu la pérennité des intérêts militaires, économiques et diplomatiques français sur le continent. La France ne veut pas être le "gendarme de l'Afrique", proclame le ministre de la Coopération Jacques Godfrain. Depuis Bangui, on sait qu'il s'agit d'un vœu pieux ».

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Michel Faure, « La Françafrique est de retour », L'Express, 31 mai 1996.

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Le coup a été magnifiquement joué. Grande presse internationale et grands décideurs de la planète sont tous unanimes pour condamner la rapine électorale que vient de réaliser Mugabe au Zimbabwe. Nul ne s'avise de mentionner que dans le même temps, au cœur de la Françafrique, Denis Sassou Nguesso a perpétré le même crime au Congo-Brazzaville. Et on regarde avec indifférence la grande île de Madagascar glisser doucement mais sûrement vers la guerre civile. Si la Françafrique tient encore la main au roi Didier, les Malgaches se sont donné les moyens d'exposer les truquages électoraux au grand jour. Les longues et quotidiennes cohortes de manifestants, les grèves massives qui paralysent le pays disent, plus que toute opération électorale, vers quel candidat va la préférence des Malgaches. Dans la presse africaine, on a le sentiment trouble que Mugabe est dénoncé parce qu'il s'en prend aux fermiers blancs. « Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais ! »… « La paille dans l'œil du voisin et la poutre dans mon œil ». Mœurs électorales dans le pré carré colonial de la France.

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On en revient toujours au fameux sommet de la Baule. Le lecteur ne pourra jamais imaginer à quel point cela fait mal pour un Africain de devoir se dire que c'est un homme, un seul, qui a décidé que désormais l'Afrique méritait de vivre en démocratie. Le sort politique de millions de personnes suspendu à la teneur d'un seul discours. Même pas : le passage sibyllin d'un discours. Ainsi donc en quelques secondes, le temps d'un souffle, François Mitterrand a réglé le destin des Africains ayant le grand honneur d'être francophones. Et ce n'était même pas par amour, ou simple compassion pour les Africains. « Désormais, si tu veux avoir mon bel argent, tu dois démocratiser ton régime ».

7

Mais ce qui révolte au plus haut point, c'est de se voir dépossédé du résultat de son vote par de savants tours de passe-passe. Une population vote pour le changement et, au sortir du scrutin, elle hérite des mêmes corrompus qu'elle a rejetés. Des « constitutionnalistes » sont venus de France pour revoir les textes. Des « coopérants en technique électorale » sont venus prêter main forte pour l'organisation du scrutin. Des « observateurs » minutieusement choisis sont venus superviser les opérations de vote. Et, au soir de la journée électorale, tout ce beau monde constatera les élections « sereines, équitables et transparentes » qui voient la victoire de leur champion. Quand on a vécu cela, on a connu les sommets de l'indignation et les profondeurs de l'impuissance.

•Spécificités locales

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Avant le sommet de la Baule, les choses étaient simples. Partout, en Françafrique, c'était le parti unique. Parti démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI) chez l'ami Félix Houphouët-Boigny, Rassemblement du peuple togolais (RPT) chez Eyadéma, Parti démocratique de Guinée (PDG) chez Sékou Touré, Union du peuple malien (UDPM) chez Moussa Traoré, Mouvement national pour la société de développement (MNSD) Chez Seyni Kountché, la liste est longue. De rares exceptions : la Haute-Volta et le Sénégal. La théorie du parti unique sait user d'arguments biaisés. « Nous ne formons pas encore une nation. Tout juste un assemblage de groupes ethniques. Le multipartisme, c'est la division. Ce qu'il faut, c'est un cadre politique unique ». Une autre variante : « Nous devons rassembler nos maigres moyens pour lutter contre le sous-développement. Il nous faut également unir les ressources humaines dans le même mouvement. Le remède, c'est le parti unique ». À parti unique, dirigeant unique. Et le titre ronflant qui va avec. Pour Eyadéma, on dit « le Guide ». Khadafi, c'est « le Guide suprême ». Sékou Touré est « le Combattant suprême ». Houphouët-Boigny fait plus patelin : il est « le Père de la nation ». Le summum du délire est atteint par Macias Nguéma : il est proclamé « L'unique miracle que la Guinée équatoriale ait produit ». L'unique miracle, ce n'est pas dans la Françafrique qu'on trouvera pareille bouffonnerie. Mais il ne faut pas s'y tromper : partout règnent des dictatures monolithiques qui ne supportent pas la moindre contestation. Le plus sûr moyen d'accéder au pouvoir, c'était le coup d'État militaire. L'officier qui parvenait à réussir son coup de main s'empressait de suspendre la Constitution là où il y en avait, de dissoudre les institutions, d'interdire les partis et mouvements politiques, et d'instaurer son parti unique. Le credo, c'est la stabilité politique. Stabilité politique pour qui ? Et pour quoi faire ? Évidemment pas au bénéfice des Africains. Stabilité politique pour perpétuer des affaires mafieuses en tous genres. L'ami, c'est le citoyen qui dit invariablement oui. L'ennemi, c'est l'irresponsable qui dit que ça ne va pas et qui ose vouloir créer un parti politique en face du parti unique. Au Niger, le parti Sawaba de Djibo Bakary a été éradiqué par tous les moyens. En Côte-d'Ivoire d'Houphouët, Laurent Gbagbo a osé créer un parti, le Front populaire ivoirien (FPI). Le FPI était clandestin à ses débuts, mais cela n'a pas empêché Gbagbo de goûter la prison et de vivre les délices de l'exil. On n'en finirait pas d'égrener le martyrologe des oppositions africaines.

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Et voilà que le président français vient dire qu'il faut démocratiser ! Pour les dictateurs, la nouvelle équation est simple et terrible : comment rendre le pouvoir sans avoir à rendre des comptes à son peuple ? De plus, il est interdit d'ignorer que ce sont « les Blancs » qui financent, encadrent, conseillent, aident à maintenir les pouvoirs en place. Si on déplaît à ces puissances internationales, on est vite débarqué. Ils disent de faire des élections, on va leur faire des élections. Ils disent de voter des lois, on va leur fabriquer des lois. Ils disent de ne plus torturer, de ne plus tuer, eh bien soit ! les opposants « disparaîtront ».

•Des élections « convenables »

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Les « Blancs » aiment les papiers. Avant toute chose, il faut une Constitution, mais une Constitution « convenable ». On convoque une assemblée qui est chargée de rédiger le texte constitutionnel. Mais on prend ses précautions. De telle sorte qu'aucun délégué n'ira s'égarer là où on ne l'a pas autorisé à s'aventurer. On se retrouve donc avec une Constitution taillée sur mesure. Le tout n'est pas d'avoir une Constitution, il faut des partis politiques. Toutefois, les conditions pour constituer une formation politique sont draconiennes. Du reste, pas un citoyen n'ignore que créer son parti c'est afficher son opposition au pouvoir en place. Ce qui revient à s'exposer aux foudres du régime. On a vu que cette crainte et ces difficultés n'ont pas empêché l'éclosion d'un nombre incroyable de partis politiques. Au Mali, pour neuf millions d'habitants, on a pu compter plus d'une vingtaine de partis politiques. Au Burkina, des dizaines. Ailleurs, le même phénomène a eu lieu. Cela s'explique : au terme de trente ans de parti unique et de régime autoritaire, ce ne sont pas les revendications, les contestations, les revanches à prendre qui manquent. Le besoin de s'exprimer est si fort que rien ne peut l'arrêter. Ainsi fait, on lance la campagne électorale. Mais attention, une campagne toujours « convenable ». D'abord la loi interdit et punit l'atteinte à la personne du chef de l'État. Allez faire campagne contre un candidat que les foudres de la loi vous interdisent d'égratigner ! Et c'est un candidat qui accapare les médias, puisque lui seul a accès aux médias d'État alors qu'il n'y a pas de radios privées, pas de journaux privés et pas de télés privées – en tous les cas, là où il y en a, les rédacteurs en chef savent instinctivement où il ne faut pas aller. Il a aussi à sa disposition les caisses de l'État. Ce n'est pas tout. La composition du corps électoral est connue du seul pouvoir.

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Très vite, les réseaux métropolitains de la Françafrique comprennent les dangers qu'il y a à donner la liberté d'expression aux populations des pays africains. La mafia ne fonctionne bien que dans l'ombre. Et on ne va pas compromettre l'édifice, ruiner le travail de longues années de « coopération », dans des scrutins incertains. Et il y a des choses que l'opinion publique française n'a pas à savoir. La collusion entre les dictateurs africains et leurs amis françafricains est donc naturelle. Il faut démocratiser, juste un peu – un tout petit peu –, tout en laissant les choses en l'état. Ce que l'émir Bongo a appelé « le changement dans la continuité ». Pour que ça change en continuant à fonctionner comme avant, il faut des présidents « démocratiquement élus à vie ». Et foin des aspirations des peuples africains.

•Imagine…

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Pour comprendre plus sûrement une situation lointaine, il faut la rapprocher de ce qu'on connaît. Comparaison n'est pas raison, certes. Mais tentons ici une analogie. Dans le cadre de la préparation des prochaines élections législatives en Guinée Conakry, les négociations gouvernement-opposition portent sur les points suivants :

  • la création d'un organisme paritaire autonome, qui sera chargé de gérer l'ensemble du processus électoral ;
  • a libération et la réhabilitation de tous les détenus politiques dans leurs droits civiques et politiques ;
  • la participation des délégués des partis politiques à la révision des listes électorales ;
  • la révision à la baisse de la caution aux élections ;
  • la présence des observateurs étrangers à toutes les phases du processus électoral ;
  • l'engagement de tous les acteurs (administration, partis politiques, forces armées et police) de renoncer à tout acte de violence durant le processus électoral ;
  • la neutralité des agents de l'administration, notamment les gouverneurs, les préfets, sous-préfets et les présidents des CRD ;
  • l'accès équitable des partis politiques aux médias d'État ;
  • l'interdiction de l'installation des bureaux de vote dans les camps militaires ;
  • l'utilisation d'urnes transparentes et la transmission des procès-verbaux des résultats.

On retrouve en condensé les différents points sur lesquels repose l'industrie de la fraude électorale. Et cela est valable pour tout pays sur le continent. Imaginez que Jacques Chirac fasse emprisonner Lionel Jospin et exiler Jean-Pierre Chevènement, Arlette Laguiller et Noël Mamère, avant d'organiser un scrutin où il serait seul candidat ! Imaginez que pour la présidentielle, le RPR soit la seule instance en France à connaître la composition du corps électoral et le découpage de la carte électorale ! Imaginez que les observateurs internationaux appelés pour superviser la présidentielle française soient tous des amis de Jacques Chirac sélectionnés par Alain Juppé ! Imaginez que tous les préfets et sous-préfets de France soient des militants du RPR ! Imaginez que Jacques Chirac soit l'unique et incontournable invité des journaux télévisés de toutes les chaînes de télévision françaises ! Imaginez enfin que Jacques Chirac soit candidat unique, que le RPR ait la responsabilité exclusive de l'organisation, de la supervision de tous les bureaux de vote, du dépouillement du scrutin et de la proclamation des résultats ! Si le lecteur français est capable de vivre un tel cauchemar en esprit, il comprendra ce que vivent les oppositions africaines. Il se fera une idée plus juste des frustrations que génèrent les scrutins en Afrique.

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Il y a tellement de choses à dire, tellement de turpitudes à relever, tant de dénis du suffrage populaire à dénoncer qu'il faudrait plusieurs livres pour prétendre les couvrir tous [1]. Un article n'y suffirait pas. Nous nous contenterons donc ici d'examiner deux exemples : le Tchad et son voisin de l'Ouest, le Niger. Ce sont là deux exemples édifiants de ce que la Françafrique peut faire en matière de « coopération électorale ». En Afrique, on utilise le terme plus imagé d'« aide au développement d'élections truquées ».

•Tchad : Paris-Déby

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En plus du pouvoir du Général Idriss Déby, en plus de la présence militaire française sur son sol, une grave malédiction s'est abattue un jour sur le Tchad. Les grands sorciers de la Françafrique ont marabouté ce pauvre pays sahélien en découvrant du pétrole dans son sous-sol. Tout le monde vous le dira : lorsqu'une population découvre du pétrole ou des diamants sous ses pieds, elle peut dire adieu à sa tranquillité. L'odeur de pétrole ne manque pas d'aiguiser des appétits. Il faut donc maintenir l'ami Déby au pouvoir. Et si les Tchadiens rêvent de démocratie, s'ils veulent vivre libres, on leur organisera un scrutin truqué. Le but n'est évidemment pas de satisfaire les Tchadiens.

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« Le scénario est toujours le même : des juristes hexagonaux inventent des amendements constitutionnels qui excluent pour n'importe quelle raison (âge, résidence, nationalité des parents, etc.) les rivaux les plus dangereux ; des coopérants français très spéciaux, du réseau Pasqua ou de la mairie de Paris, viennent aider à un truandage manifeste des listes électorales, dans l'espoir d'un boycott des opposants au régime ; si ces derniers se portent quand même candidats, les mêmes officines viennent mettre en place tout le catalogue des moyens de fraude, plus l'arme ultime : le bidouillage informatique du décompte centralisé des résultats. Si, malgré la fraude, le dictateur ou son parti se retrouvent avec 20 % des suffrages exprimés, les ordinateurs se mettent à tourner. Installés avec l'argent des contribuables français pour aider "à l'édification d'un État de droit", maniés par des mains expertes françaises, dotés de logiciels ad hoc, ils inventent un score vainqueur : 51 %, si le régime la joue modeste, 70 % ou davantage s'il veut affirmer son hégémonie de manière écrasante. Peu importe que ce viol de la volonté populaire suscite de vives réactions, voire même des troubles. Au contraire : se met alors en place le deuxième acte, la "démocratie apaisée". Mijoté en 1997 par les conseillers politiques parisiens, il se rejoue au mot près d'une dictature à l'autre [2]. »

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Il est inutile de s'appesantir ici sur le déroulement des faits. Pour se faire une idée plus précise, il faut connaître le pedigree des « coopérants français ». Car en Afrique, le plus sûr moyen de savoir si un scrutin sera truqué, c'est lorsqu'on voit débarquer la « coopération électorale française ». Et cela ne manque pas de se produire à l'occasion des élections présidentielles au Tchad, les 2 juin et 3 juillet 1996 [3]. L'Élysée « dépêche à N'Djamena les meilleurs spécialistes du parti gaulliste : Jérôme Grand d'Esnon (suspecté par le juge Desmures d'avoir occupé un emploi fictif à la mairie de Paris, laboratoire réputé du dopage électoral) ; André Rouge, coordinateur pour l'Outre-Mer de la même campagne chiraquienne, membre du conseil national du RPR. La France tient le double rôle du régisseur et du metteur en scène. Elle assure 95 % du financement : matériel électoral, acheminement des urnes et des procès-verbaux par les véhicules et hélicoptères du dispositif militaire "Épervier", centralisation informatique. L'armée française […] va diriger de bout en bout l'opération. […] Le général Rigot, chef de la mission militaire de coopération, a passé cinq jours au Tchad pour préparer la campagne électorale. Il faut y ajouter Jean-François Charrier, chef de file des observateurs du RPR, ancien n° 2 du Centre des nageurs de combat de la DGSE [4]. »

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Aucun truquage ne sera épargné au peuple tchadien. Mais on ne maîtrise pas tout. Si l'équipe française tient fermement la situation en main, elle néglige de surveiller son protégé. La suite des événements est cocasse : « Grisé par les performances du dispositif correcteur installé par le commando chiraquien, Déby pousse le bouchon un peu trop loin : il se proclame élu au premier tour, avec 50,14 % des voix. Les chiffres de son succès sont annoncés à la radio. Paris s'agace de ce dérapage. Le directeur Afrique du Quai d'Orsay aurait lui-même donné la consigne : repasser sous la barre des 50 %, pour ménager jusqu'au bout l'apparence d'une compétition démocratique. Les experts français relaient l'ordre de Paris, et font atténuer la gonflette : Déby obtient 47,86 %, devant Kamougué, crédité de 11,08 % [5]» Il y aura donc un second tour qui verra bien évidemment la victoire du général Déby avec 69,1 %. Initialement, le second tour de cette élection était prévu pour le 7 juillet 1996. Savoir pourquoi il a été avancé au 3 juillet est édifiant : le 7 juillet, l'équipe de la « coopération électorale française » devait se trouver au Niamey où se tenait une autre élection présidentielle.

•Niger : Paris-Baré

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Au Niger, la situation est bien différente de ce qu'elle était au Tchad. Une brève chronologie s'impose ici. 1987, mort du général Seyni Kountché à l'hôpital du Val de Grâce. Sans qu'on ose le dire publiquement, c'est le soulagement à Niamey. Un gouvernement militaire de transition dirigé par le général Ali Seïbou est installé. 1991, une conférence nationale souveraine aboutit à l'adoption d'une Constitution le 26 décembre 1992. Mars 1993, Mahamane Ousmane est élu à la présidence avec 55 % des voix. 1993, Mahamane Ousmane dissout le Parlement et convoque des élections législatives anticipées. Son parti est battu et une cohabitation difficile s'instaure avec le Premier ministre issu de l'ancien parti unique, Hama Amadou. Janvier 1996, coup d'État militaire mené par le colonel Ibrahima Baré Maïnassara (IBM). D'emblée, les militaires annoncent la couleur : « Nous sommes venus remettre de l'ordre. Dans quelques temps, nous remettrons le pouvoir aux civils après des élections équitables ». Les intentions affichées sont louables. Les arrière-pensées le sont moins. Et cela commence dès la rédaction d'une nouvelle Constitution. Mahamane Ousmane avait été piégé par une Constitution instaurant un régime semi-présidentiel. Cela se comprend. Après les longues et terribles années de Seyni Kountché, la Conférence nationale souveraine cherchait à limiter les pouvoirs des futurs présidents. Mais ce piège a conduit à la cohabitation, puis au blocage des institutions. Le correctif imaginé : un pouvoir présidentiel fort. Mais le souci de la classe politique nigérienne, c'est d'éviter une Constitution sur mesure. Pourtant c'est ce qui va arriver. Il faut dire que le Niger n'est pas n'importe quel pays. La COGEMA (uranium) et Elf (pétrole) sont chez eux au Niger. Sur la carte, on voit bien que le Niger a des voisins redoutables. En tous les cas, des voisins agaçants pour la Françafrique. Une longue et interminable frontière avec l'anglophone Nigéria. Au nord, l'Algérie et la Lybie de Khadafi. Il est interdit à l'élu de la Françafrique de faire n'importe quoi à la tête d'un tel État. Tout comme il convient de ne pas mettre n'importe qui à la présidence. Peu à peu, IBM persuade les réseaux françafricains qu'il sera l'homme de la situation. Il faut donc passer à la phase finale : donner une légitimité démocratique à cet « ami de la France ». Cela épouse d'ailleurs la tendance générale. « La France veut mettre à la tête des États-colonies de son pré carré des démocraties militaires. Ce type de régime permet d'avoir une mainmise sur le pays. Ces militaires au pouvoir, bien que travestis en civils, n'hésiteront pas un seul instant à écraser dans le sang toute manifestation visant à "déstabiliser" leur régime ; entendez par là toute opposition légale ou clandestine [6] ». IBM convoque un forum dit de « Renouveau démocratique ». La composition de cette instance évite soigneusement tout Nigérien qui pourrait trouver à redire. Chefs traditionnels, anciens parlementaires, « personnalités », six cents délégués se réunissent. Le but, rédiger une nouvelle Constitution. Bien évidemment un texte favorisant les futurs desseins qu'on masque. Le député RPR Pierre Mazeaud est envoyé sur place pour vérifier que la nouvelle Constitution répond aux attentes de la Françafrique [7]. Mission accomplie : le nouveau texte dote le futur « élu » de tous les attributs d'un président-monarque. Il sera adopté par référendum le 12 mai avec 92 % des suffrages. Personne n'a le mauvais goût de noter que 78 % des Nigériens ont boudé le référendum.

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Tout est donc fin prêt. L'équipe qui a rôdé son jeu au Tchad peut entrer en lice. Mais là les choses ne vont pas se passer comme à N'Djaména. Les concurrents d'IBM dénoncent l'assistance technique plus que douteuse apportée par des experts français pour l'élaboration du fichier électoral [8], et surtout « l'envoi massif d'agents des services spéciaux français sous diverses casquettes, avec pour mission de faire gagner par tous les moyens le général Baré [9] ». Plus grave, les magistrats membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) se rebellent contre les truquages. Enfin, la société civile ne joue pas le jeu. En face du dispositif d'IBM, un Observatoire national des élections, constitué par le collectif des associations de défense des droits de l'homme et de la promotion de la démocratie, a réussi à déployer huit cent quarante observateurs dans toutes les régions du pays.

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Arrive le fatidique 7 juillet. Et tout ne se passe pas comme prévu. Les premiers résultats collectés par la CENI placent IBM en troisième position derrière les candidats des deux grands partis nigériens (CDS et MNSD). Le 8 juillet, deuxième jour du vote, on constate la même tendance. Il faut réagir. Ce sera brutal et maladroit. Vers 15 heures, alors que les Nigériens votent toujours, un communiqué de la présidence dissout la CENI et la remplace par une Commission nationale des élections. Le lecteur aura remarqué la disparition du terme « Indépendante ». Des militaires font le tour des bureaux de vote et confisquent les urnes. Ce matériel électoral sera centralisé au stade de Niamey. Le stade est entouré d'un cordon de militaires et de gendarmes lourdement armés. Les quatre principaux candidats sont immédiatement embastillés. La presse nationale et internationale sera sommée de cesser toute activité. Arrivé le jour même à Niamey, l'auteur de ces lignes vivra la dangereuse compagnie de la police, simplement pour avoir demandé à un collègue où en était la situation. La radio privée Anfani sera brutalement fermée par des militaires qui emmènent ses dirigeants et toutes les clés des locaux. Le crime d'Anfani ? Avoir donné la parole à Mahamane Ousmane, candidat arrivé en tête selon les chiffres partiels détenus par la CENI, et qui a fait cette réponse à un journaliste : « les résultats sont en cours de manipulation ». Le 10 juillet, le « dépouillement » effectué par l'armée donne IBM vainqueur au premier tour avec 52,2 % des voix.

21

Le 20 mai 2001, Déby rééditera le même exploit au Tchad. Quant au Nigérien IBM, sa victoire électorale de juillet 1996 ne lui portera pas bonheur. Il sera assassiné quelques mois plus tard à l'occasion du putsch qui portera le chef de sa garde rapprochée au pouvoir.

•Le 11 septembre

22

C'est devenu une coutume. Impossible d'écrire la moindre ligne sans en passer par cette date du 11 septembre 2001. Le lecteur aura remarqué que tous les États africains se sont empressés de rejoindre la coalition de Bush contre le terrorisme. La « subtilité » peut sembler grossière, mais on voit que cela peut marcher. Pourquoi ? Le tout ici est dans la définition que l'on fait du mot terroriste. Qui est terroriste ? L'opposant qui – en désespoir de cause – verse dans la lutte armée, le responsable politique qui s'insurge contre le pillage économique et le détournement des scrutins de son peuple, la simple association qui se bat pour la liberté, tous ceux qui osent s'élever contre l'ordre établi des élections truquées se voient taxés de terrorisme. On aimerait voir incluse dans les objectifs de cette coalition internationale la lutte contre le terrorisme d'État. Mais non, cette coalition ne vise que ceux qui luttent pour leur liberté. Voir un Eyadéma, un Compaoré, un Déby et Cie condamner hautement le terrorisme – alors que chacun sait qu'ils ne règnent que par la terreur – prouve que ce monde marche sur la tête.

23

De la même manière on peut s'interroger : les intérêts financiers de trusts françafricains comme Bouygues, Vivendi, Bolloré, Alcatel-Alsthom, ou Spie-Trindel méritent-ils que tant de crimes soient commis au nom du peuple français ? L'odeur du pétrole peut rendre ElfTotalFina dingue. Mais que fait le parlementaire français devant cette situation ? Que font les médias français qui choisissent de laisser le citoyen français dans l'ignorance de ce qui se passe en Afrique.

24

Ce que redoutent silencieusement les oppositions africaines, ce que craignent secrètement les mouvements de droits de l'homme dans les pays africains, c'est que l'alibi de la lutte contre le terrorisme ne se retourne contre leurs structures et leurs combats. Or, l'expérience a démontré que les réseaux de la mafiafrique savaient utiliser toutes les armes et exploiter toutes les circonstances. Et l'on sait également que tant que les peuples africains ne pourront pas faire librement et souverainement le choix de leurs dirigeants, ils n'auront pas leur destinée en main. Et que vaut un peuple qui ne peut même pas participer à la définition de son avenir ? C'est le nouveau défi auquel se trouvent aujourd'hui confrontés tous les progressistes et tous les amis de l'Afrique. •


Analyse de Sayouba Traoré



14/06/2009
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